Nouvel ordre mondial : les entreprises face aux défis de l’énergie, de la résilience et de la souveraineté
Le 19 mai dernier, la Chaire Géopolitique et Stratégie d’Entreprise de l’EDHEC Business School a réuni sur le campus EDHEC Paris experts, chercheurs, dirigeants et décideurs autour d’une conférence consacrée à un enjeu devenu central pour les entreprises comme pour les États : l’énergie.
Organisé en partenariat avec l’EDHEC Climate Institute et l’Institut Français de Géopolitique / CASSINI, l’événement, intitulé « Nouvel ordre mondial : les entreprises dans la bataille de l’énergie », a permis d’éclairer les grandes transformations à l’œuvre dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, la transition énergétique et l’accélération des risques climatiques.
Dans un monde plus instable et imprévisible, l’énergie est devenue bien davantage qu’un secteur économique. Sécurisation des approvisionnements, résilience des infrastructures critiques, maîtrise des ressources, contrôle des technologies et des chaînes de valeur : les enjeux énergétiques redessinent les rapports de puissance, les dépendances stratégiques et les conditions de compétitivité des États comme des entreprises.
La conférence a été ouverte par le général d’armée aérienne Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, qui a rappelé combien les questions énergétiques s’inscrivent désormais pleinement dans les problématiques de sécurité, de souveraineté et de puissance.
Animée par Pierre-Henri de Menthon, directeur de la rédaction de Challenges, la table ronde a réuni Camille Angué, directrice de l’EDHEC Climate Institute, Didier Holleaux, ancien directeur général adjoint d’Engie et membre de l’Académie des technologies, Noémie Rebière, chercheuse associée à l’Institut Français de Géopolitique, et Lénaïg Trenaux, Global Co-Head of Energy, Battery, Mining & Industries Sustainable and Impact Advisory à la Société Générale.
Les échanges ont permis d’aborder plusieurs défis structurants pour les organisations : sécurisation des approvisionnements, souveraineté énergétique, transformation des chaînes de valeur, résilience des infrastructures critiques et articulation entre compétitivité économique, transition énergétique et indépendance stratégique.
Le climat, un multiplicateur de risques
Au cours des échanges, Camille Angué a rappelé que l’accélération du changement climatique ne constitue plus uniquement un enjeu environnemental, mais également une source majeure d’incertitude économique et stratégique. Les risques climatiques peuvent aujourd’hui agir comme des chocs systémiques susceptibles de se superposer à d’autres tensions, notamment géopolitiques, avec des effets de cascade sur des économies fortement interconnectées. Dans ce contexte, l’un des enjeux centraux consiste à mieux comprendre la matérialité physique de ces risques et à la traduire en données économiques et financières afin d’éclairer les décisions des entreprises et des investisseurs.
« Dans un monde où les chocs climatiques deviennent à la fois plus fréquents, plus intenses et capables de produire des conséquences économiques globales, la résilience des infrastructures critiques s’impose comme un impératif stratégique pour les entreprises comme pour les acteurs publics. Le climat n’est d’ailleurs pas un risque isolé : il agit désormais comme un multiplicateur de vulnérabilités, susceptible de se superposer à d’autres chocs - énergétiques, financiers, technologiques ou géopolitiques. La capacité à intégrer ces risques dans les décisions d’investissement, de financement et de gouvernance constituera un facteur déterminant de résilience, de compétitivité et de souveraineté dans les années à venir. »
À cette occasion, l’EDHEC Climate Institute a partagé les résultats d’une étude mettant en évidence l’exposition croissante des infrastructures critiques aux risques climatiques. Dans un scénario de réchauffement élevé, les investisseurs en infrastructures pourraient subir jusqu’à 600 milliards de dollars de pertes d’ici 2050, tandis que les portefeuilles les plus exposés pourraient perdre plus de 50 % de leur valeur. Ports, réseaux électriques, aéroports ou encore installations stratégiques ont en effet été conçus pour les conditions climatiques du XXe siècle et doivent désormais faire face aux réalités du XXIe siècle..
L’étude souligne également la nécessité d’anticiper ces vulnérabilités afin de renforcer la résilience des infrastructures essentielles à l’activité économique. Dans cette perspective, l’EDHEC Climate Institute a annoncé son ambition de développer, dans une démarche d’intérêt général, une notation de 8 000 infrastructures à travers le monde.
Croiser les regards pour éclairer les décideurs
Les discussions ont également mis en lumière les nouvelles exigences liées à la souveraineté énergétique et à la sécurité des approvisionnements. Face à un environnement international plus fragmenté et à des risques de plus en plus imbriqués, les entreprises sont appelées à renforcer leur capacité d’anticipation et à intégrer les enjeux géopolitiques dans leurs décisions stratégiques.
La conférence a par ailleurs été enrichie par une séquence cartographique animée par David Amsellem, docteur en géopolitique et cofondateur de CASSINI, offrant un éclairage visuel sur les recompositions énergétiques et géopolitiques en cours et rappelant l’importance de la cartographie dans la compréhension des dynamiques contemporaines.
L’événement s’est conclu par une intervention du général d’armée aérienne (2S) Luc de Rancourt, directeur de la Chaire Géopolitique et Stratégie d’Entreprise de l’EDHEC, réaffirmant l’ambition de la Chaire : donner aux décideurs les clés de compréhension nécessaires pour appréhender les mutations du monde contemporain et agir dans un environnement marqué par l’incertitude.
À travers cette rencontre, l’EDHEC confirme sa volonté de croiser les expertises académiques, institutionnelles et opérationnelles afin d’éclairer les grands enjeux stratégiques qui façonnent l’environnement des entreprises et des organisations.